Le lierre grimpant

Au cours des saisons passées, nous avons évoqué la vie du lierre grimpant, son lien étroit avec l'arbre qui le porte, les protections qu'il offre en retour à son support ainsi que les multiples bienfaits qu'il apporte autour de lui.

 

Il est un point que nous n'avons pas encore abordé, c'est celui de sa relation avec les humains ou plutôt les relations que les humains entretiennent avec lui.

 

Une plante chargée de symboles dans l'histoire et la culture

 

Les liens entre le lierre et les humains sont anciens. Cette plante a longtemps été associée à des valeurs positives profondes dans de nombreuses cultures.

 

On le retrouve, au gré des multiples évolutions des cultes grecques et romains notamment, associé aux divinités végétales, puis, (relatée ici de façon très simplifiée), à la divinité Dionysos / Bacchus, à qui il orne la tête d'une couronne, ainsi que son attribut : le thyrse.

 

Le lierre est, selon les historiens, lié à la vitalité, l’attachement et une forme d'éternité, d'immortalité, de renaissance, de par sa capacité à rester vert toute l'année.

 

Résistance et longévité

 

On retrouve cette symbolique puissante chez les tribus celtiques et gauloises. Pour les gaulois, le lierre serait associé à la divinité Cernounos, divinité de la forêt.

 

Cette plante relatée sacrée chez les druides portait un symbole puissant de vitalité, de longévité, de constance, de résilience et de fidélité dans l'amour. On en revient ici à la relation quasi symbiotique que le lierre entretient avec l'arbre / le support sur lequel il grimpe, relation exclusive qui dure jusqu'à la mort des deux concernés.

 

Au Moyen Âge, le lierre devient un motif religieux chrétien, représentant la fidélité et l'attachement spirituel. On le retrouve de façon très présente dans l'art religieux comme les enluminures, les sculptures ou les frises décoratives. De manière plus profane, cette symbolique végétale de l'attachement et de la fidélité perdure dans la vision de l'amour entre époux (tradition de nouer du lierre aux mains des époux lors des cérémonies de mariage, de planter du lierre aux façades des jeunes mariés, etc.)

 

À tel point que la forme du cœur, telle qu'on le trouve dessiné habituellement, s'inspirerait directement de la feuille du Lierre grimpant ! 

 

Usages traditionnels et médicinal du lierre

 

En plus des symboliques qui lui sont rattachés, le lierre a été utilisé pour ses propriétés médicinales, plus ou moins nombreuses selon les époques de l'histoire. 

 

On retrouve en Europe des usages relatés par des herboristes et guérisseurs sur des propriétés purgatives, vermifuges, fébrifuges et sudorifiques du lierre. Les usages médicinaux qu'ils en faisaient étaient bien plus nombreux que les usages actuels. Par exemple, on se servait des fruits du lierre comme d’un purgatif puissant. À certains moments de l'histoire, les purges étaient très pratiquées, et souvent assez fortes, pour ne pas dire brutales.

 

S’il est un usage qui traverse les époques, c'est celui de l'utilisation de ses feuilles pour leurs effets expectorants et antitussif des toux grasses.

 

En effet, l’infusion des feuilles fraîches ou sèches soulage les affections des voies respiratoires. Certains composants, comme des saponines (l'hédérine et l'alpha-hédérine notamment), fluidifient les sécrétions et favorisent leur élimination, l’expectoration et leurs effets antispasmodiques permettent d’apaiser certaines crises d’asthme et de soulager les toux associées à la coqueluche par exemple.

 

En 1988, la Commission allemande a reconnu l’usage des feuilles de lierre grimpant pour traiter les infections et les inflammations des voies respiratoires ainsi que les symptômes de la bronchite chronique d’origine inflammatoire (notamment grâce à des essais cliniques menés en Allemagne). À l'heure actuelle, on retrouve quelques préparations commerciales destinées à combattre la coqueluche qui en renferment, ainsi que dans la composition de sirop pour la toux.

 

Il existe deux autres aspects médicinaux qui se rejoignent : son action calmante et modérateur du système nerveux périphérique. Ainsi, son application externe à servi pour soulager diverses douleurs : névralgies, rhumatismes, ulcères, coup de soleil, brûlures, corps aux pieds, crevasses, gerçures, piqûres d’insectes...

 

Cependant, le contact des feuilles de Lierre peut déclencher des allergies cutanées dues à la présence de certains de ses composants (falcarinol et de didehydrofalcarinol). En phytothérapie, ce sont donc désormais des extraits des jeunes feuilles et du bois des troncs âgés qui sont utilisés et les usages externes ont été peu à peu abandonnés.

 

Associées à d'autres plantes spécialisées pour aider l'insuffisance veineuse, le lierre semble avoir sa place, bien que cet usage n’ait pas encore été « prouvé par la science ».

 

À noter que ses fruits ne sont pas comestibles. L'ingestion de fruits ou de feuilles de lierre peut s'avérer toxique, surtout pour les jeunes enfants et certains animaux domestiques (vomissement, troubles digestifs).

 

Petit Disclaimer
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne remplacent en aucun cas un avis médical professionnel. Bien que le lierre grimpant (Hedera helix) possède des propriétés médicinales reconnues, son usage peut comporter des risques s’il est mal utilisé. Avant toute utilisation à des fins thérapeutiques, consultez un professionnel de santé qualifié. L’auteur de cet article décline toute responsabilité en cas de mauvaise utilisation ou d’effets indésirables liés à l’emploi du lierre grimpant.

 

Autres usages :

 

Le bois de lierre est souvent utilisé pour faire des planchettes pour la technique de feu par friction (avec une drille faite de noisetier par exemple.) Ces lianes sont également utilisées dans la vannerie sauvage, que se soient comme liens ou comme matière à tresser.

 

Les feuilles de lierre sont également connues et réputées pour fabriquer de la lessive, du fait de ses saponines. Bien que cette lessive participe à « ternir » les tissus blancs, elle ravive les couleurs sombres des tissus.

 

En teinture végétale, les fruits du lierre, selon les recettes et les mordançages, donnent des teintes d'un joli rose, rose-gris, voire vert selon les matières.

 

Le lierre dans les milieux urbains

 

Nous en avons déjà parler précédemment, le lierre joue un rôle important d'isolant thermique sur son support. Lorsque son support est en pierre, il protège celles-ci non seulement des chocs thermiques, mais aussi des effets de la pluie et de la pollution. Ainsi, les murs des habitations, les murets de pierre, et les pierres tombales sont particulièrement protégés par la présence du lierre, contrairement à une idée fortement répandue.  En couvrant les murs, il réduit considérablement (de plusieurs degrés !) la température des façades.

 

Il possède également des propriétés d'épuration de certains métaux lourds et polluants atmosphériques particulièrement efficaces, ce qui en fait une plante de plus en plus appréciée en ville, où sa valeur protectrice et filtrante commence à être re-connue.

 

Conclusion :

 

La vigueur du lierre, sa capacité à rester vert toute l'année, sa fidélité à son support, particulièrement estimée par le passé s'est transformée en source de crainte dans la vision publique. Il a acquis une bien mauvaise réputation chez les forestiers et les jardiniers, accusé d’être un parasite envahissant qui étouffe les arbres. Et Pourtant, rien de plus faux comme nous l'avons vu. Peut-être les jardiniers ont-ils, à tort, confondu certaines pratiques de taille et d'entretien - affaiblissant les milieux et les arbres - en blâmant le lierre au passage ? Peut-être les liens profonds et les compréhensions que nous avions des cycles de la nature se sont-ils détériorés au fil du temps ? Et de plante sacrée, elle est devenue plante détestée ou ignorée.

 

Peut-être qu’apprendre à vivre avec le lierre, c’est aussi repenser notre manière d'interagir avec le monde végétal. De transformer une perception de nature sauvage menaçante et envahissante, pour faire l'effort de nous intéresser vraiment à ses rythmes, à ses bienfaits, à l’intelligence de son organisation.

 

Nous avons vu au fil des saisons le rôle si positif que le lierre joue dans la biodiversité.  Peut-être pouvons-nous lui accorder la même place dans nos cœur (petite dédicace aux feuilles du lierre) pour poser sur cette plante un œil plus avisé.

 

Alors, pourquoi ne ferions-nous pas du lierre, cette liane grimpante et vigoureuse, un symbole vivant de notre lien avec le monde naturel ?

 

 

Sources :

 

The Complete German Commission E Monographs - Therapeutic Guide to Herbal Medicines, American Botanical Council, US 1998.

Schulz V, Hänsel R, Tyler VE. Rational Phytotherapy - A Physicians' Guide to

Herbal Medicine, fourth edition, Springer, Allemagne, 2001.

Florence Laporte, Les plantes des druides, Fleurus, 2017, p. 71.