Une action pour la saison :    Des reptiles au jardin

Les reptiles sont des animaux fascinants. Tortues, serpents, lézards, geckos, la diversité de ces animaux pourvus d'écailles est incroyable. Qu’ils glissent en silence entre les herbes folles ou qu’ils se dorent paisiblement sur les pierres chauffées au soleil, ces discrets habitants de la nature peuplent les territoires avec une grâce méconnue.

 

Souvent mal connus, voire mal aimés, les reptiles jouent pourtant un rôle essentiel dans les écosystèmes en contribuant à l’équilibre si précis de la nature. La présence de chacun d'eux, discrète et précieuse, enrichit la grande partition de la vie, et est irremplaçable.

 

Si je souhaite vous parler d'eux, c'est que ces compagnons oubliés subissent de pleins fouet les impacts de l'urbanisation moderne, et chacune de ces espèces voit son monde se réduire et ses habitats disparaître. Routes, béton, agriculture intensive, urbanisation insensée, destruction des haies, des zones humides, pollutions, jardins trop propres effacent peu à peu leurs refuges de silence, de calme et de tranquillité.

 

Ce texte est une invitation à redécouvrir la richesse de ces voisins silencieux. En apprenant à mieux les connaître, en changeant notre regard et en adaptant nos gestes — dans un jardin, un champ ou une friche — nous pouvons leur offrir des promesses d’avenir et soutenir leur retour là où ils ont toujours eu leur place : au cœur du vivant.

 

Les reptiles de France : un monde discret, mais bien présent.

 

Ils ne laissent guère de traces et pourtant la France abrite près d’une quarantaine d’espèces de reptiles indigènes, ainsi que plusieurs espèces introduites. (13 espèces de serpents : 4 vipères et 9 couleuvres ; 3 espèces de tortues terrestres et d’eau douce, 5 tortues marines, 20 espèces de lézards dont 2 d’orvets et 3 geckos).

 

Commençons par leur peau, qui est recouverte d’écailles de kératine, la même matière que les ongles et les cheveux chez les humains et qui les protègent des agressions extérieures, des UV, et synthétise la vitamine D. Pour grandir, ils vont devoir littéralement « changer de peau » : ils muent. Sauf les tortues qui ne changent pas de peau complètement, et qui ont ont en plus des plaques osseuses qui forment leur carapace, qui va grandir avec elle.

 

On appelle souvent les reptiles des animaux « à sang froid ». Contrairement à d’autres animaux comme les mammifères ou les oiseaux (qui utilisent l’énergie fournie par leur alimentation pour maintenir une température constante), les reptiles dépendent d’une source de chaleur extérieure pour pouvoir maintenir la température de leurs corps. À savoir, directement celle du soleil, et des matériaux qu'il réchauffe (sols, bois, pierres, sable etc.) auxquels ils s'exposent directement. Ils passent donc une partie de leur temps « inactif » au soleil ou au contact d’une surface chaude le matin en attendant que leur corps atteigne une température de bon fonctionnement. Ils vont ensuite pouvoir partir en chasse, trouver de l’ombre lorsqu’il fait trop chaud, se cacher pour échapper aux prédateurs et, en période de reproduction, trouver un endroit favorable pour faire un nid.

 

Tous les reptiles peuvent vive relativement longtemps. On sait que des cistudes d’Europe par exemple, ont vécu plus d'un siècle, certaines espèces de serpents plus de 30 ans, et un orvet fragile a vécu 54 ans. Bien-sûr, ces durées de vie sont plutôt rares dans la nature.

 

Une partie des reptiles présents en France métropolitaine pondent des œufs. D'autres, comme le lézard vivipare, l’orvet fragile, la coronelle lisse, la vipère péliade et la vipère aspic sont vivipares, c'est dire que les embryons se développant dans le ventre de la mère et donnent naissances a des petits complètements formés.

 

Les lézards aiment pondre des œufs sous des pierres, des interstices de murs ou des trous qu'ils creusent eux même (vous devriez voir la quantité de trous creusés par les lézards des murailles dans mes joints de murs d'escaliers, c'est prodigieux !). Contrairement aux lézards, les serpents pondent surtout dans des matériaux organiques en décomposition qui produisent de la chaleur (comme des tas de compost, des tas de bois, de feuilles, des bottes de paille ou de foin). La nourriture des reptiles est très variées et se compose  principalement de petits invertébrés comme des vers, des escargots, des insectes, des araignées voire parfois des jeunes d’autres espèces de lézards. Mais aussi, dans le cas des serpents, des poissons, des amphibiens, d’autres reptiles, des oiseaux et une large palette de micromammifères. La cistude d’Europe se nourrit de plantes aquatiques et d’insectes aquatiques, mais aussi de gastéropodes et plus rarement d’amphibiens.

 

Habitats : Les reptiles peuvent vivre dans des milieux assez différents, selon les espèces et la région. Cependant, Ils ont des exigences très élevées en termes de micro-habitats : cachettes, zone de thermorégulation, nourriture, sites de ponte, de gestation ou d’hivernage. Les pierres de toutes sortes sont un élément vital de leurs territoires.

 

La disponibilité de ces ressources déterminera la qualité de l’habitat, et le nombre de reptiles pouvant être présents.

Il est important d'en prendre conscience lorsque l'on souhaite favoriser leur existence.

 

Beaucoup d’espèces de reptiles vivent en montagne où ils y trouvent beaucoup de micro-habitats différents et surtout de nombreuses structures de pierriers et de roches. On trouve également des espèces moins exigeantes, comme le lézard des murailles, mais aussi parfois l’orvet fragile, la couleuvre à collier et la coronelle lisse, qui peuvent vivre dans des milieux plus urbanisés comportant un minimum de structures proches de l’état naturel, comme des vieux murs de pierres, des zones de friches, des berges richement structurées, des haies en bon état…les carrières, gravières et certains aménagements qui sont également appréciés.

 

Les espèces semi-aquatiques comme la couleuvre à collier, la couleuvre vipérine ou la couleuvre tessellée apprécient les zones humides de toutes sortes et présentant suffisamment de dynamiques naturelles...

 

À l’approche des premiers froids, généralement entre la fin de l’automne et le début de l’hiver, la plupart des reptiles entrent en hibernation (on parle plutôt de brumation). Leur métabolisme se ralentit tellement qu’ils ne consomment quasiment plus aucune énergie, n’ayant pas de réserves de graisse à brûler. Avant d’hiberner, les reptiles passent par une phase de préparation durant laquelle leur activité et leur alimentation ralentissent progressivement. Ils ont besoin de la chaleur extérieure pour digérer. Ils arrêtent donc de manger lorsque cela n’est plus possible, continuant seulement à s’hydrater. Pour passer l’hiver sereinement, les reptiles ont donc besoin de cachettes à l’abri du gel, d’éventuelles crues et à l’abri des prédateurs. Il peut s’agir d’interstices entre des blocs de pierres, de fissures de rochers, de murs de pierres, de galeries de rongeurs, de cavités racinaires ou de cavités de toutes sortes. Cette période dure en général 5 à 6 mois en France. On peut observer les lézards plus tôt en saison, dès que les températures se réchauffent suffisamment.

 

En comprenant mieux la façon de vivre des reptiles et ce dont ils ont besoin, on peut plus facilement se rendre compte et deviner ce que nous pouvons mettre en place pour les favoriser, mieux les protéger, rebâtir leurs habitats, voire même, les accueillir dans le jardin si cela est possible.

 

Des menaces bien présentes

 

Le monde des reptiles est un monde d’ombre et de chaleur, de refuges modestes et de chemins discrets. Mais ces chemins disparaissent.
L’intensification de l'agriculture intensive rase les haies et uniformise les sols, et fait totalement disparaître les habitats propices aux animaux et aux plantes. Les routes, innombrables, tranchent et séparent les territoires, écrasant les plus lents. Les jardins, souvent trop nets, trop minéraux, bien trop pauvres n’offrent plus ni nourriture ni cachettes.

 

La disparition d’habitats appropriés est donc la cause principale de leur déclin, allant parfois jusqu’à leurs disparition complète.  Les reptiles colonisent souvent des milieux pionniers, qui évoluent vite. Cela n’est possible que s’il existe des dynamique naturelles et paysagères intactes qui permettent la formation continuelle de nouveaux milieux pionniers et qu’aucune barrière n’empêche leur colonisation. Malheureusement, l’homme, par ses actions, en plus d’avoir déstructuré en grande partie ces dynamiques, est responsable de la dégradation et de la perte pure et simple de leurs habitats (La canalisation des cours d'eau, les nombreux barrages, ont totalement fait disparaître les dynamiques de crues naturelles. La sylviculture intensive, la disparation des grands carnivores et herbivores, l'absence de bois morts dans nos forêts et nos paysages gérés de manière stricte.). Et partout dans les campagnes, la disparition des haies, des zones humides, et de nombreuses petites structures appauvrissent de plus en plus les milieux. L'importance de ces éléments tels que les tas de pierres, les murs de pierres sèches, les tas de branches et autres tas de végétaux ou les haies n'est généralement pas reconnue pour leurs grande valeur écologique et largement sous-estimée. Elles sont devenues des éléments qui ne correspondent pas au « propre en ordre » aseptisé qui est devenu la mode. Ces structures sont passées d'un élément faisant partie intégrante de l’identité des paysages a des choses gênantes ou superflues qui disparaissent lentement mais sûrement. De plus, ces petites structures, comme les murs de pierres sèches ou les tas d'épierrages ne sont pas remplaçables du jour au lendemain et n’atteignent souvent une qualité optimale qu’après des années voir des décennies, lorsqu'une végétation adéquate s'est développée de concert.

 

Si l'on veut protéger et favoriser les reptiles dans ces milieux il faut maintenir et entretenir ces petites structures là où elles sont encore présentes, et en aménager de nouvelles là où elles ont disparu.

 

À cela s’ajoute la peur, parfois : celle des serpents, transmise de génération en génération, alors qu’en France, aucune espèce ne représente un danger réel pour l’homme. Cette méconnaissance ajoute à leur isolement et les humains continuent parfois de persécuter les reptiles en les tuant sans raisons. À l'inverse, beaucoup de reptiles sauvages, surtout les différentes espèces de vipères sont régulièrement capturées dans la nature pour finir dans des terrariums.

 

Comment mieux les accueillir au jardin ?

 

Pour favoriser les reptiles, encore faut-il le vouloir. Pour cela, je vous enrage à faire preuve de curiosité à leurs égards, à mieux conscientiser leur rôle écologique indispensable, à voir leur incroyable beauté.

 

Nous pouvons commencer par rappeler leurs grandes « utilités » au jardin et dans les zones rurales. Les serpents, par exemple, sont de grands consommateurs de rongeurs et d'insectes. Les lézards quant à eux consomment beaucoup de petits invertébrés. Ils participent à la lutte des ravageurs et assurent une bonne santé sanitaire au jardin. Ils sont des maillons essentiels de la biodiversité.

 

De manière générale, les zones d'habitations ne sont que partiellement adaptées aux reptiles car les dangers qui les guettent sont nombreux et les habitats souvent trop dégradés.

 

Cependant, les jardins, espaces verts, étangs et zones humides aménagés de façon naturels peuvent être colonisés spontanément et de façon étonnamment rapide par certaines espèces de reptiles, pour autant que la qualité et l’espace soient suffisants et que la mise en réseau soit plus ou moins garantie. Et qu'on les laisse vivre !

 

L’accueil de reptiles au jardin peut être une expérience très enrichissante et si vous voyez une couleuvre au jardin, c'est un signe de bonne santé et de la prospérité de la nature autour de vous, réjouissez-vous !

 

Recommandations :

 

Voici quelques recommandations qui pourront vous aider à aménager plus favorablement votre jardin, mieux comprendre les espaces naturels autour de vous, et, peut-être, participer à la protection plus largement de toutes les espèces de reptiles autour de vous. L’ensemble de mesures destinées à favoriser les reptiles ne sont généralement pas spécifiques à chaque espèce. Souvent, toutes les espèces présentes en profitent de la même manière. Ainsi, des mesures en faveur de la vipère aspic seront presque toujours également bénéfiques à la coronelle lisse, au lézard des murailles et éventuellement aux autres espèces présentes.

 

Les conseils sont relativement simples à mettre en place et pourraient se résumer ainsi :

 

Globalement, le moins vous intervenez le mieux c’est, le plus vous protéger, le mieux c'est, le plus c'est riche et favorable à la vie, le mieux c'est.

Pour cela, inspirez-vous de la nature autour de vous. Où est-elle la plus luxuriante ? La plus riche ? Pourquoi ? Quels exemples, quelles leçons pouvez-vous en tirer ?

 

Cherchez à restaurer des espaces et des dynamiques naturelles, cherchez à acquérir plus de connaissances sur les animaux, créez des couloirs pour aider les animaux à se déplacer, travaillez à mieux faire communiquer les espaces entres eux, faites mieux connaître ces animaux autour de vous. Tous ces conseils demandent simplement de faire un pas de plus vers un mode de vie plus respectueux des dynamiques naturelles. D'accepter de laisser nos déserts urbains redevenir des lieux propices à la vie. Laisser pousser, laisser circuler librement. Adapter gentiment notre sens esthétique pour mieux comprendre l'ordre qui règne dans la nature. Un jardin plus naturel n'est pas un jardin qui déroge aux règles du « propre en ordre ». C'est au contraire un jardin qui respecte au mieux, au plus proche les organisations naturelles qui orchestrent le vivant.

Quelques règles de base pour des oasis de bien-être 

 

Avant de commencer, vérifiez que vous pouvez respecter quelques règles de base dans le lieu que vous avez choisi :

 

        Renoncer à l'emploi de tout pesticide, produits phytosanitaires et anti-limaces. Ces produits portent atteintes directement aux reptiles et empoisonnent toutes la chaîne alimentaire.

 

        Protéger les lieux des chats domestiques. Je sais que c'est souvent difficile à accepter pour les amoureux de la gente féline mais les chats domestiques représentent la plus grande menace dans les zones urbaines, où ils ont parfois fait disparaître complètement des espèces. Bien que l'instinct de chasse soit un comportement naturel, pour les chats, ils ne font naturellement pas parties de l’écosystème local, et l’énorme densité de chats domestiques conduit à une pression de prédation totalement artificielle, contre laquelle les reptiles ne peuvent pas faire grand-chose. Chaque année, des millions d’amphibiens et de reptiles meurent à cause des chats domestiques. Cela contribue au fait que beaucoup de jardins naturels, restent déserts et inhabités.

 

Pour cela, tous les aménagements et zones favorables sont à protéger le plus possible des chats. Cela peut se faire à l'aide d’une barrière épineuse comme des ronces, des branches de berbéris ou d'arbustes épineux. Ne lésinez pas. Ce n'est pas forcément esthétique au premier abord mais cela aide grandement et donne le temps aux reptiles de se mettre à l'abri des pattes redoutables des chats. De manière générale, cherchez à protéger également les murs, les tas de pierres ou autres en faisant des tas de branchages au pied. Les grillages sont également de bonnes protections. Vous pouvez aussi essayer de mettre en place un système d’arrosage qui se déclenche avec un détecteur de mouvement. Vous serez alors plus souvent en maillot de bain au jardin :)

 

        Un endroit calme et ensoleillé.
Assurez-vous de pouvoir avoir un endroit calme et ensoleillé. Les reptiles sont souvent craintifs, et ils doivent se sentir à l'abri tout en pouvant se réchauffer le matin.

 

        Changer notre regard.
Favoriser les reptiles, c’est aussi accepter de changer de regard sur eux et la nature. Apprendre à reconnaître un lézard, comprendre la beauté d’une couleuvre, admirer la lenteur maîtrisée d’une tortue... Cela commence souvent par l’émerveillement.
En les accueillant, nous accueillons plus que des animaux. Nous réapprenons à faire place à la diversité, à l’ombre comme à la lumière, à l’immobile comme au fugitif.

 

Conseils pratiques d'aménagements 

 

Voici quelques points un peu plus détaillés :

 

Le premier conseil pour favoriser la présence de reptiles au jardin est aussi le plus simple :

 

1.      Maintenir un coin en friche dans le jardin et éviter les tontes rases.

 

Si une partie du jardin est tondue (ou mieux fauchée), privilégiez de la faire par temps chaud et l’après-midi, lorsque les reptiles sont plus prompts à la fuite. Régler la hauteur de coupe de la lame de la tondeuse au maximum afin d’éviter de blesser ou tuer des animaux. De tels accidents sont très fréquents, surtout avec les orvets et les batraciens. À ce titre, je vous encourage à bannir les robots tondeuses qui provoquent des hécatombes chez tous les petits animaux.

 

Sur une partie du terrain, évitez d’intervenir. Laissez-y pousser l’herbe et se développer une friche, idéalement dans un secteur calme et bien ensoleillé. Pour se protéger des prédateurs comme les rapaces ou les chats, les reptiles se déplacent volontiers sous une dense couche herbacée, qui leur sert aussi de terrain de chasse. Une bande de plantes sauvages d’au moins 50 cm de large leur procurera le couvert dont ils ont besoin.

 

Ne fauchez pas dans les environs ou au bord des petites structures.

 

2.                  Faire des tas et des abris

 

Fondamentalement, plus le lieu est riche en petites structures et possibilités de cachettes, plus la probabilité de survie pour les petits animaux est élevée. Une façon simple de les aider consiste donc à aménager des abris dans des endroits ensoleillés, idéalement dans les parties calmes du jardin qui sont maintenus en friche. Les reptiles aiment les cachettes leur offrant à la fois chaleur et sécurité. Murs de pierres sèches, tas de pierres, murs en pierres de toute dimension, gabions, haies denses, tas de bois et de branchages, tas de feuilles (les orvets, en particulier, apprécient ces milieux naturels chauffés par le soleil mais aussi par la lente décomposition des plantes), ourlets d'herbes hautes ou des broussailles peuvent être utilisés comme cachettes. À ce titre, les ronciers offrent un super endroit de protection pour les reptiles. Vous pouvez aussi faire des tas de tuiles, mettre au sol des tôles ondulées, des pots de fleurs cassés ou d’autres types d’objets sous lesquels lézards, orvets et parfois couleuvres pourront se réfugier et se chauffer. Ces abris peuvent être de dimensions variables. En outre, plus leur nombre est élevé, plus ils seront susceptibles d’abriter des animaux. Vous pouvez faire descendre ces abris à un mètre sous terre afin d’offrir aux reptiles un gîte pour l’hiver. Bien que plus élaboré, l’aménagement de ce type d’abri peut permettre aux reptiles de passer toute l’année sur votre terrain. Les tas de compost servent de lieu de nourrissage et de ponte pour les orvets et les couleuvres à collier. Les étangs de jardin constituent une source de nourriture intéressante pour les couleuvres à collier. Globalement, tout ce qui peut créer différents micro-habitats pouvant favoriser la thermorégulation est le bienvenu !

 

Pour réaliser un tas de branches, idéal pour la ponte des couleuvres par exemple, voici une marche à suivre :

Trouvez un emplacement qui soit bien ensoleillé et proche d'abris (haie, friche, buissons etc.). 

Empilez au moins 1 à 2 mètres cubes de matériaux. Dans l’idéal des branches de différents diamètres et du bois grossier mais aussi des feuilles et des déchets de fauche et de taille.

Vous pouvez compléter le tas avec des racines si vous en avez. Rajoutez enfin des branches d’épineux qui éloigneront les chats.

 

Pour créer un lieu plus idéal pour la ponte des couleuvres à collier, vous pouvez compléter le tas par des déchets de fauches, de tontes et même de la sciure ou du fumier. Variez les matériaux et aérez les fins déchets de fauche avec des brindilles. La règle qui prévaut est la suivante : « Plus c’est gros, mieux c’est » et « plus il y en a, mieux c’est ». Si vous disposez d’un grand terrain, vous pouvez créer plusieurs sites de ce style. Vous créerez des habitats diversifiés en termes d’humidité et de température. Plutôt que d’être déposés à la déchetterie, tous vos « déchets verts » peuvent être mis sur le tas qui sera réalimenté chaque année.

 

Si vous voulez supprimer ou déplacer votre tas, faites attention, prenez le temps de le déranger plusieurs jours de suite pour éviter de blesser des animaux qui pourraient être dedans.

 

Des murs et des tas de pierres

 

Les vieux murs ou tas de pierres munis de nombreux interstices, fissures, cavités peuvent abriter beaucoup de reptiles, surtout des espèces de lézards. Si la remise en état d'un mur en pierre s’avère nécessaire, ne rejointez surtout pas toutes les pierres, et surtout pas avec du béton. Ils deviendront alors totalement impropres à la vie des lézards.

 

Protéger des pièges

 

Beaucoup de structures humaines représentent des dangers mortels pour les petits animaux, dont les reptiles. C'est le cas des soupiraux, systèmes de drainages, et grosso modaux tous les trous qui peuvent se remplir d'eau et où les animaux peuvent tomber et n'arrivent plus à sortir. Ne sous-estimez pas ces trous. Des mesures simples comme l'installation d'aides à la sortie ou le recouvrement des grilles par des moustiquaires ou des tôles fines perforées permettent d'éliminer ces sources de danger. Aussi faite attention aux baquets et aux bidons de récupérations d'eau. Les reptiles y rentrent pour se rafraîchir et pour boire et ils restent coincer et y meurent.

 

Entretient des structures : Les structures peuvent, voire devraient, être colonisées par la végétation (graminées et autres plantes herbacées), et en partie aussi par des buissons. De manière générale, touchez le moins possibles à la végétation autour de vos tas ou murs.

 

Sensibilisez les personnes autour de vous

 

Que ce soit les communes, votre entourage, les enfants, parlez des reptiles autour de vous. Les serpents particulièrement ne font pas partie des animaux les plus appréciés par beaucoup de personnes et sont encore confrontés à de nombreux préjugés et peurs transmises de génération en génération. Sensibilisez autour de vous, surtout les enfants, aux modes de vie passionnants, à la diversité, aux rôles écologiques des reptiles, participe à mieux les faire connaître, et je l’espère à mieux les aimer.

 

Introduire des reptiles volontairement ?

 

Mauvaise idée. D'une part, je rappelle ici que toutes les espèces de reptiles sont intégralement protégées en France et qu'il est interdit de les manipuler, de les ramasser, de les capturer et de les tuer. Il est également interdit de détruire leurs nids et leurs œufs. Il est donc aussi interdit de les ramasser pour les translocaliser ailleurs.

 

Par ailleurs, beaucoup d'espèces de reptiles essaient d’instinct de retourner à l’endroit de leur capture. Les individus connaissent très bien leur environnement habituel et savent où s’y trouvent les ressources importantes (sites d’hivernage, sites de reproduction, sites de ponte, lieux de gestation, nourriture, etc.). Si ces individus sont éloignés de leur maison, ils essaieront alors d’y retourner aussi rapidement que possible, ou bien ils erreront et mourront.

 

Si un environnement est entièrement adapté à la venue d'un animal, celui viendra tout seul très rapidement. S’il n’y a pas eu de colonisation naturelle, c’est certainement que l’habitat n’est pas adapté pour les reptiles, mais qu’il peut représenter un refuge pour de nombreuses autres espèces animales.

Alors, soyez patients et réjouissez-vous le jour où quelques lézards coloniseront votre jardin.

 

Pour résumer :

 

1.      Faire des tas.

 

2.      Laisser des endroits non tondus et naturel au soleil, au calme.

 

3.      Protéger ces tas.

 

4.      Observer, contempler, apprécier le retour d'un peu de nature sauvage.

 

5.      Célébrer. Partager la joie profonde d'avoir pu observer la beauté silencieuse de ces êtres si profondément liés au soleil et aux dynamiques naturelles de changement et d'évolution.

 

Zoom sur les vipères :

 

Le venin des vipères est très coûteux en énergie à produire pour elles, et leur est essentiel pour leur alimentation. Elles n’ont donc aucun intérêt à vous mordre, et encore moins à injecter une dose mortelle de venin. Les 4 espèces de vipères présentent en France ne sont pas agressives. Elles sont craintives et préfèrent toujours fuir que d'attaquer. Lorsqu'elle est surprise et qu'elle n'a pas eu le temps d'aller se cacher, une vipère aura tendance à rester immobile et se mettre en position de défense, en se dressant et se repliant sur elle-même en forme de S, et souffler pour prévenir de sa présence. Elle peut alors mordre si elle est provoquée, en déployant l'avant de son corps la gueule ouverte avec ses crochets en avant. Dans ce cas il n'y a pas de danger pour l'homme à une distance supérieure à la longueur du serpent, c'est à dire plutôt courte. Les morsures sont accidentelles et se produisent le plus souvent lorsqu'on lui marche dessus sans protection et sans l'avoir vue, mais aussi parfois, lors de travaux à la main dans la végétation, ou lors de manipulations de l'animal. Il est donc possible de se faire morde (ce qui implique embêter passablement la vipère, ou la surprendre) et qu'elle n'injecte pas de dose importante de venin.

 

On trouve les informations suivantes : « Chaque année, en France hexagonale, environ 100 à 300 morsures de vipères sont recensées (Jollivet et al., 2020, Le Roux et al., 2023). Parmi ces morsures, à peine la moitié sont suivies d’une envenimation de gravité moyenne à sévère (Boels et al., 2012 ; Jollivet et al., 2020) ».

 

D’ailleurs, la majeure partie des soins consistent en une mise en observation plus ou moins longue à l’hôpital.

 

Je tiens à préciser qu'il ne m'a pas été possible de trouver une source fiable relatant du moindre décès en France depuis une cinquantaine d'année. On lit souvent les chiffres de 1 à 2 décès par an, mais les sources sont introuvables. Voici ce que j'ai pu lire : selon Santé Publique France. En France, entre 1980 et 2008, 36 décès liés à une morsure de serpent ont été recensés. Sans précision sur le nombre de cas de vipère dans le lot, et encore moins de vipère sauvage.

 

J'ai trouvé 1 cas relevé d'une personne décédée en 1993 dans La Revue de Médecine Interne Volume, March 1993, Pages 174-176.

 

Cela remet en question les mythes entourant ces serpents. Dans les campagnes, il est encore fréquent d'entendre dire qu'il faut justement empêcher toute friche, car ça grouillerait de vipères dedans (dixit un membre du conseil municipal de mon village il y a quelques jours). Pourtant, au vu des chiffres réels, il y a de quoi remettre en question cette phobie des vipères, qui ont au final bien plus à craindre que nous.

 

En somme, la morsure de vipère est à prendre au sérieux mais ne doit pas être un sujet d’angoisse. Éduquez-vous, prenez des précautions, et profitez de la nature sereinement.

 

Conclusion :

 

Ces exemples d'aménagements sont des choses simples à mettre en place, mais qui demandent d’accepter de comprendre que la mode récente du terrain de golf dans le jardin n’est pas propice à la vie. Les conseils pour accueillir la faune et la flore spontanées sont toujours les mêmes : diversité, naturalité, pluralité.

 

Tous cela ne doit pas vous sembler compliqué. D’une part, cela peut permettre de se rendre compte des problématiques liées à ces espaces. D’autre part, même si votre jardin ne se transformera pas en havre de paix pour la vie dans les années qui viennent, il est toujours possible, par de petits gestes de contribuer à la vie. Cela vous donnera sûrement l’envie d’en faire plus chaque année, et de travailler de plus en plus conjointement avec la nature, et le côté « sauvage ». J’utilise ici ce mot dans le coté spontané, et parfaitement adaptée, que la nature et ses cycles savent si bien mettre en place en tout lieu. À vous de lui faire un peu plus confiance, de vous faire un peu plus confiance, et ensemble, admirons les fleurs qui s’y épanouissent, les bébés lézards des murailles qui font notre bonheur, et espérons le retour et la bonne santé des reptiles, ces animaux si fascinants, et si menacés par nos façons de vivre. Accueillir les reptiles, c’est tendre l’oreille à ce qui ne fait pas de bruit, ouvrir les yeux sur ce qui se cache souvent sous la pierre ou derrière une haie. C’est reconnaître que la richesse de nos paysages ne se mesure pas qu’aux grandes espèces emblématiques, mais aussi à ces présences furtives, rampantes, essentielles, à ces fragments de nature ancienne qui racontent un monde où chaque pierre, chaque haie, chaque talus à son importance. Dans un monde qui va vite, ces êtres de lumière et de silence nous rappellent la valeur du calme, de la chaleur, de la patience. Ils nous invitent à ralentir, à observer, à laisser un peu plus de place au vivant sous toutes ses formes — même celles qui nous déroutent, qui nous surprennent.

 

En leur offrant quelques refuges, en repensant nos gestes quotidiens, nous contribuons à restaurer une trame fragile mais fondamentale : celle de la biodiversité ordinaire, celle qui fait que la vie, tout simplement, circule encore.

 

Loin d’être incompatibles, les humains et les reptiles peuvent vivre en bonne entente et en bonne harmonie. Alors, apprenons à travailler ensemble !

 

Et peut-être qu’un jour, entre deux pierres ou au détour d’un chemin, un regard curieux croisera celui d’un lézard, d'une couleuvre, d'un orvet, d'une vipère et s’en souviendra longtemps.

 

Florelle

 

Sources :

 

https://www.pronatura.ch/fr/des-oasis-pour-les-reptiles

https://www.infofauna.ch/fr/centres-de-coordination-nationaux/reptiles-karch/conservation/plans-dactions-et-fiches-pratiques#Petites_structures&gsc.tab=0